Nourrisson

Qu'est-ce que la plagiocéphalie ?

Par Romain Le Flem, Ostéopathe D.O. et masseur-kinésithérapeute à Rennes · Publié le 4 septembre 2026 · Mis à jour le 4 septembre 2026 · 6 min de lecture

Plagiocéphalie positionnelle chez un nourrisson – tête plate du bébé

« Mon bébé a la tête plate » : cette phrase revient très souvent chez les jeunes parents. Elle correspond le plus souvent à une déformation crânienne positionnelle, que l'on appelle plagiocéphalie. Le crâne du nourrisson est particulièrement malléable durant les premiers mois de vie : des pressions répétées sur une même zone peuvent progressivement en modifier la forme. Le mot « plagiocéphalie » décrit avant tout une forme de crâne ; il est important de distinguer une déformation positionnelle d'une craniosynostose, qui est une situation différente. Rien ici n'a vocation à inquiéter : il s'agit surtout de comprendre.

Qu'est-ce que la plagiocéphalie ?

La plagiocéphalie positionnelle, aussi appelée plagiocéphalie déformative ou non synostosique, correspond à une asymétrie de la forme du crâne du nourrisson liée principalement à des contraintes mécaniques externes. Le mécanisme est simple à se représenter : le crâne du bébé est malléable, certaines zones peuvent subir davantage de pression et, si cette pression s'exerce toujours au même endroit, une asymétrie peut apparaître peu à peu. La croissance du crâne et l'évolution des positions du bébé jouent ensuite un rôle important. Point essentiel : cette forme de plagiocéphalie n'est pas due à une soudure prématurée des sutures du crâne (source : recommandations du Congress of Neurological Surgeons / AANS-CNS).

À quoi ressemble une plagiocéphalie ?

Vue du dessus, la tête peut prendre une forme asymétrique évoquant un parallélogramme. Les parents observent le plus souvent :

  • un aplatissement d'un côté de l'arrière du crâne ;
  • un front parfois un peu plus proéminent du même côté ;
  • une oreille qui peut sembler légèrement avancée du même côté ;
  • une impression générale d'asymétrie de la tête.

Ces signes peuvent orienter vers une plagiocéphalie positionnelle, mais seul un professionnel de santé peut confirmer le diagnostic et vérifier qu'il ne s'agit pas d'une autre cause de déformation crânienne (source : American Academy of Pediatrics).

Plagiocéphalie, brachycéphalie : quelle différence ?

La plagiocéphalie correspond à un aplatissement asymétrique d'une partie de l'arrière du crâne. La brachycéphalie correspond à un aplatissement plus symétrique de l'arrière du crâne, qui donne une tête plus large et plus courte. Dans la littérature, ces deux situations sont regroupées sous le terme de déformations crâniennes positionnelles (source : Congress of Neurological Surgeons).

Pourquoi mon bébé développe-t-il une plagiocéphalie ?

Une position préférentielle de la tête

Un bébé qui regarde très souvent du même côté exerce davantage de pression sur la même zone du crâne. C'est l'un des facteurs les plus fréquemment retrouvés.

Un torticolis ou une mobilité du cou limitée

Une limitation de la mobilité cervicale ou un torticolis du nourrisson peut favoriser le maintien d'une position préférentielle, et donc entretenir un appui prolongé sur la même zone.

Le temps passé dans certaines positions

L'exposition prolongée à une même position, notamment les périodes d'immobilité répétées dans des équipements qui maintiennent la tête, peut favoriser une déformation positionnelle. Il ne s'agit en aucun cas d'une faute des parents : ces situations sont extrêmement courantes et souvent inévitables au quotidien.

Des facteurs présents dès la naissance

Certains facteurs périnataux ou liés aux conditions de naissance peuvent être associés à un risque plus élevé de déformation positionnelle (source : Bialocerkowski et al., revue systématique sur la prévalence, les facteurs de risque et l'histoire naturelle de la plagiocéphalie positionnelle).

Est-ce que la plagiocéphalie est dangereuse ?

La plagiocéphalie positionnelle est généralement considérée comme une déformation crânienne bénigne : elle ne correspond pas à une lésion du cerveau. Des travaux ont toutefois étudié des associations possibles entre plagiocéphalie et développement neurodéveloppemental. Une revue narrative de 2024 (Molinari et al., PMID 39760633) rapporte une association avec certains retards de développement, tout en soulignant d'importantes limites méthodologiques. Une association n'est pas une causalité : ces données ne permettent pas de conclure que la plagiocéphalie provoque un retard du développement. Elles invitent simplement à ne pas banaliser une asymétrie marquée et à en parler lors du suivi de votre enfant.

Comment savoir s'il s'agit bien d'une plagiocéphalie positionnelle ?

Le diagnostic est avant tout clinique. Le professionnel de santé examine notamment :

  • la forme du crâne ;
  • la position des oreilles ;
  • le front et le regard de face ;
  • la mobilité cervicale ;
  • les préférences de rotation ;
  • l'histoire de l'apparition et de l'évolution de la déformation.

Lorsque le diagnostic peut être posé cliniquement, l'imagerie n'est généralement pas nécessaire. En cas de doute, certaines explorations peuvent être demandées pour rechercher une craniosynostose (source : Congress of Neurological Surgeons, recommandation sur le rôle de l'imagerie).

Quelle différence avec une craniosynostose ?

Dans la plagiocéphalie positionnelle, les sutures du crâne restent ouvertes et la déformation est liée à des forces mécaniques externes. La craniosynostose, elle, correspond à une fermeture prématurée d'une ou plusieurs sutures crâniennes : c'est une situation différente, qui relève d'une évaluation médicale spécialisée. Il n'est pas raisonnable d'essayer de faire soi-même la différence à partir de photos trouvées sur Internet. Lorsqu'une déformation crânienne paraît inhabituelle, importante, présente très tôt ou évolue de façon atypique, un avis médical permet de vérifier qu'il s'agit bien d'une déformation positionnelle.

Une question sur votre situation ?

Je reçois au Cabinet PEPS, 6 rue Franz Heller à Rennes.

Que peut-on faire au quotidien ?

Pendant le sommeil

Le bébé doit continuer à être couché sur le dos pour dormir : la prévention de la mort inattendue du nourrisson reste prioritaire, y compris lorsqu'une plagiocéphalie est présente. On n'utilise donc ni coussin anti-tête-plate, ni cale-tête, ni cale-bébé, ni aucun dispositif limitant les mouvements, et l'on ne couche pas le bébé sur le ventre pour dormir.

Pendant les périodes d'éveil

C'est là que l'on peut agir, en éveil et sous surveillance :

  • laisser une grande liberté de mouvement ;
  • varier les positions au cours de la journée ;
  • proposer des jeux au sol ;
  • proposer du temps sur le ventre, éveillé et surveillé ;
  • solliciter bébé visuellement et par la voix des deux côtés ;
  • porter bébé et alterner les bras, y compris lors des repas ;
  • limiter le temps passé dans les équipements qui maintiennent longtemps la tête dans une position fixe.

Ces mesures ne visent pas à « corriger » quoi que ce soit mécaniquement : elles cherchent surtout à favoriser la mobilité spontanée et à réduire les appuis prolongés sur une même zone du crâne.

Faut-il consulter si mon bébé a la tête plate ?

Un avis peut être particulièrement utile si :

  • bébé tourne très peu la tête d'un côté ;
  • il garde systématiquement la tête dans la même position ;
  • une inclinaison de la tête est présente ;
  • l'asymétrie semble progresser ;
  • la déformation est importante ;
  • elle était déjà très marquée à la naissance ;
  • vous avez simplement un doute ou une inquiétude.

Un professionnel peut examiner la mobilité du cou, la posture globale et la forme du crâne, puis vous orienter vers le professionnel adapté si nécessaire.

Quel est le rôle de l'ostéopathe ?

L'ostéopathie ne « remet pas le crâne en place » et n'agit pas sur les sutures : aucune promesse de résultat esthétique ne peut être faite. Dans une prise en charge pluridisciplinaire, l'ostéopathe peut évaluer la mobilité globale du nourrisson, ses préférences de position, sa mobilité cervicale, d'éventuelles tensions musculosquelettiques et les facteurs susceptibles d'entretenir une position préférentielle. Cette évaluation ne remplace ni le suivi pédiatrique, ni la kinésithérapie lorsqu'elle est indiquée, ni l'avis spécialisé en cas de suspicion de craniosynostose. La littérature disponible sur les interventions conservatrices (Ellwood et al., 2020) ne permet pas d'attribuer à l'ostéopathie une efficacité spécifique supérieure aux autres prises en charge : elle s'inscrit en complément, dans son champ de compétence.

À retenir

  • La plagiocéphalie correspond le plus souvent à une asymétrie de la forme du crâne liée à des contraintes positionnelles.
  • Elle est fréquente chez le nourrisson.
  • Elle est différente d'une craniosynostose, qui relève d'un avis médical spécialisé.
  • Le couchage sur le dos doit être maintenu pendant le sommeil, sans coussin ni cale-tête.
  • Une préférence de rotation ou un torticolis mérite d'être évalué.
  • Une évaluation précoce sert surtout à identifier les facteurs qui entretiennent la déformation et à adapter les conseils du quotidien.

Questions fréquentes

Est-ce que la plagiocéphalie est grave ?

La plagiocéphalie positionnelle est généralement considérée comme bénigne : il s'agit d'une asymétrie de forme du crâne, et non d'une atteinte du cerveau. Elle mérite néanmoins d'être évaluée, notamment pour rechercher une limitation de mobilité du cou associée et vérifier qu'il ne s'agit pas d'une autre cause de déformation.

Pourquoi mon bébé a-t-il la tête plate ?

Le plus souvent, parce que des pressions se sont répétées sur une même zone d'un crâne encore malléable : position préférentielle de la tête, mobilité cervicale limitée, temps prolongé dans une même position, ou facteurs présents dès la naissance. Ce n'est pas le signe d'une erreur des parents.

Est-ce que la plagiocéphalie va disparaître ?

L'évolution varie selon l'âge du bébé, la sévérité de la déformation et les facteurs associés, comme une préférence de rotation ou un torticolis. Une amélioration est fréquente avec la croissance et la mobilité, mais aucune disparition complète ne peut être garantie : c'est le suivi qui permet d'apprécier l'évolution.

Qui consulter pour une plagiocéphalie ?

Votre médecin ou votre pédiatre reste le premier interlocuteur : il confirme le diagnostic et oriente si besoin vers la kinésithérapie, une consultation spécialisée ou d'autres professionnels selon la situation. L'ostéopathe peut intervenir dans son champ de compétence, en complément du suivi médical et paramédical.

Sources et références

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